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Aide-mémoire N°194
Révisé janvier 2002
Résistance aux antimicrobiens
Depuis leur découverte au 20e siècle, les
antimicrobiens (antibiotiques et médicaments apparentés) ont permis
de réduire considérablement la menace de maladies infectieuses.
L'utilisation de ces "médicaments miracles", associée à
l'amélioration de l'assainissement, des logements, de la nutrition et
à la mise en oeuvre de programmes généralisés de vaccination, a
entraîné une baisse spectaculaire de la mortalité imputable à des
maladies autrefois courantes, impossibles à soigner et fréquemment
mortelles. Au cours des ans, les antimicrobiens ont sauvé la vie et
soulagé les souffrances de millions de personnes. En aidant à
maîtriser un grand nombre de maladies infectieuses, ils ont
également contribué à la grande progression de l'espérance de vie
observée dans la dernière partie du 20e siècle.
Mais ces progrès sont maintenant sérieusement remis
en question par une nouvelle évolution : l'apparition et la
propagation de germes résistants aux médicaments bon marché et
efficaces de «première intention». L'émergence de la
résistance aux antimicrobiens est la plus évidente pour les
infections bactériennes qui contribuent le plus à la morbidité chez
l'homme : affections diarrhéiques, infections respiratoires,
méningites, infections sexuellement transmissibles, infections
nosocomiales. Parmi les exemples les plus importants on retrouve le Streptococcus
pneumoniae résistant à la pénicilline, les entérocoques
résistants à la vancomycine, le staphylocoque doré résistant à la
méthicilline, les salmonelles polypharmacorésistantes et la
tuberculose à bacilles multirésistants. Le développement d'une
résistance aux médicaments couramment utilisés pour traiter le
paludisme est particulièrement inquiétant et il en va de même pour le
VIH.
Conséquences
Elles sont graves. Les infections
provoquées par des germes résistants ne réagissent pas aux
traitements, ce qui entraîne la prolongation de l'état pathologique et
l'accroissement du risque de décès. Les échecs thérapeutiques
allongent également la période de contagiosité, ce qui augmente le
nombre de personnes infectées en circulation dans les collectivités et
expose l'ensemble de la population au risque de contracter une infection
à souches résistantes.
Lorsque les infections deviennent résistantes aux
antimicrobiens de première intention, il faut passer à des
médicaments de deuxième, voire de troisième intention, qui sont
presque toujours beaucoup plus chers et parfois plus toxiques aussi. Par
exemple, les médicaments nécessaires au traitement des tuberculoses à
bacilles multirésistants sont presque 100 fois plus cher que les
médicaments de première intention pour les souches sensibles. Dans de
nombreux pays, les dépenses impliquées sont alors prohibitives et l'on
ne peut plus traiter certaines maladies dans les régions où la
résistance aux médicaments de première intention est courante. Le
fait le plus alarmant concerne les maladies pour lesquelles des
résistances se développent vis-à-vis de pratiquement tous les
médicaments disponibles actuellement, ce qui fait craindre l'avènement
d'une ère « post-antibiotique ». Même si lindustrie
pharmaceutique intensifiait ses efforts pour développer immédiatement
des médicaments de remplacement, les tendances actuelles donnent à
penser que, d'ici dix ans, nous n'aurons plus de traitements efficaces
pour certaines maladies.
Causes
Les micro-organismes (terme général
recouvrant les bactéries, les champignons, les parasites et les
virus) provoquent des maladies infectieuses et les agents antimicrobiens,
comme la pénicilline, la streptomycine et plus de 150 autres, ont été
développés pour lutter contre la propagation et les formes graves de
nombre de ces maladies. La résistance à ces principes actifs est un
phénomène biologique naturel que divers facteurs, dont les habitudes
humaines, peuvent amplifier et accélérer. L'utilisation d'un
antimicrobien pour toute infection, installée ou crainte, force les
micro-organismes, quelle que soit la posologie ou la durée du
traitement, à s'adapter ou à disparaître sous l'effet du phénomène
appelé « pression sélective ». Ceux qui s'adaptent et survivent
portent des gènes de résistance qu'ils peuvent ensuite transmettre.
Les bactéries sont des organismes particulièrement
efficaces pour renforcer les effets de la résistance, pas seulement à
cause de leur capacité à se multiplier très rapidement, mais aussi
parce qu'elles peuvent transférer cette résistance sur des gènes
transmissibles lors de la réplication. En milieu médical, ces
organismes résistants ne sont pas détruits par une cure normale. Le
phénomène de la « conjugaison » permet aussi aux bactéries
résistantes de transférer leurs gènes à des bactéries
apparentées par passage des plasmides porteurs d'un organisme à
l'autre. La résistance à un médicament peut donc se propager
rapidement dans une population bactérienne. Toute mauvaise utilisation
des antimicrobiens, traitement trop court, posologie insuffisante,
activité trop faible, maladie ne relevant pas du médicament en
question, renforce considérablement la probabilité que la bactérie
ou d'autres micro-organismes s'adaptent et se multiplient au lieu de
disparaître.
De nombreux éléments confortent l'opinion selon
laquelle la consommation totale d'antimicrobiens est le facteur
déterminant dans la sélection des résistances. Paradoxalement, la
sous-utilisation par manque d'accès, posologie insuffisante, mauvaise
observance ou médicaments ne répondant pas aux normes, semble jouer un
rôle aussi important que la surutilisation. Pour toutes ces raisons,
l'amélioration de l'emploi de ces médicaments est une priorité si
l'on veut lutter contre l'émergence et la propagation des résistances.
Tendances sans précédent
Dans le passé, la
médecine et la science pouvaient anticiper ce phénomène naturel en
découvrant de nouvelles classes puissantes d'antimicrobiens. Cette
évolution a été florissante de 1930 à 1970, puis elle s'est ralentie
pour arriver virtuellement au point mort, en partie à cause de la
certitude erronée que les maladies infectieuses avaient été vaincues,
au moins dans le monde industriel. Au cours des dernières décennies,
l'émergence des résistances s'est accélérée par le jeu de
plusieurs tendances qui ont concouru à accroître le nombre des
infections et à développer à la fois les besoins en antimicrobiens et
les occasions de les utiliser abusivement. On retrouve dans ces
tendances:
- l'urbanisation, qui s'associe à rentassement des populations et à de mauvaises conditions d'assainissement et facilite ainsi beaucoup la propagation de maladies comme la typhoïde, la tuberculose, les infections respiratoires et les pneumonies ;
- la pollution, la détérioration de l'environnement et les modifications climatiques, qui ont des effets sur l'incidence et la distribution des maladies infectieuses, notamment celles qui comme le paludisme, se transmettent par le biais d'insectes et d'autres vecteurs ;l'évolution démographique, qui a entraîné une proportion croissante de personnes âgées requérant des soins hospitaliers, ce qui les expose aux agents pathogènes très résistants que l'on trouve dans ce milieu ;
- le développement énorme du commerce mondial et des voyages, qui a accru la vitesse et la facilité avec lesquelles les maladies infectieuses comme les micro-organismes résistants peuvent se propager d'un continent à l'autre.
La prévalence des résistances a augmenté en
proportion du nombre des infections et de l'utilisation des
antimicrobiens qui en a découlé. En plus, les besoins accrus de
nourriture d'une populaion mondiale en pleine croissance ont
entraîné l'utilisation systématique des antimicrobiens comme
activateurs de croissance ou agents prophylactiques pour la volaille ou
l'animal destiné à l'alimentation humaine. De même, ces pratiques
ont contribué à augmenter la fréquence des germes résistants
transmissibles de l'animal à l'homme.
Facteurs de propagation des résistances
L'émergence et la propagation de la résistance aux antimicrobiens sont
des problèmes complexes dans lesquels interviennent de nombreux
facteurs interdépendants, dont beaucoup sont en relation avec
l'utilisation abusive des antimicrobiens et donc modifiables. L'usage
des antimicrobiens dépend, quant à lui, de l'action conjuguée des
connaissances, des attentes, des relations entre patients et
prescripteurs, des incitations économiques, des caractéristiques du
système de santé national et du cadre réglementaire.
Les patients sont eux-mêmes à l'origine de
facteurs très importants conduisant à un mauvais usage des
antimicrobiens. Par exemple, nombre d'entre eux croient que les nouveaux
médicaments onéreux sont plus efficaces que les anciens. En plus
d'occasionner des dépenses inutiles de santé, cette perception
favorise la sélection des résistances à ces nouveaux agents, ainsi
quaux plus anciens de la même classe thérapeutique.
L'automédication est un autre grand facteur
d'apparition des résistances. Les antimicrobiens pris par les patients
de leur propre chef peuvent être inutiles, la posologie est souvent
insuffisante et il arrive que les doses de principe actif soient trop
faibles, notamment s'il s'agit de médicaments contrefaits. Dans de
nombreux pays en développement, les antimicrobiens s'achètent à la
dose et les patients ne les prennent plus dès qu'ils se sentent
mieux, ce qui se produit souvent alors que l'agent pathogène n'a pas
été encore éliminé.
Les pratiques au niveau du marketing peuvent
également stimuler une demande exagérée. Par le biais de la
publicité à la télévision, à la radio, dans la presse et sur
Internet, les laboratoires pharmaceutiques vantent directement aux
consommateurs leurs médicaments. La publicité sur Internet
notamment accentue de plus en plus sa présence alors qu'il est
difficile de faire respecter le cadre législatif dans ce domaine.
La perception qu'ont les prescripteurs des attentes
et des demandes de leurs patients influence fortement leur pratique.
Ces attentes exercent sur les médecins une pression qui peut les
conduire à prescrire des antimicrobiens même en l'absence
d'indications qui les justifient. Dans certains milieux culturels, on
considère que les antimicrobiens injectables sont plus efficaces que
les présentations orales. Cette perception s'associe à une
prescription exagérée des antibiotiques injectables à large spectre,
alors que d'autres, par voie orale et ayant des spectres d'activité
plus étroits, auraient mieux convenu.
Le nombre des prescriptions « juste pour être sûr
» augmente à cause des incertitudes pesant sur le diagnostic, du
manque de connaissances dans le domaine des méthodes de diagnostic de
la part du prescripteur, de l'impossibilité d'assurer un suivi optimal
du patient et de la peur des litiges éventuels. Dans de nombreux pays,
on peut facilement se procurer les antimicrobiens sans prescription
dans les pharmacies et sur les marchés.
Un autre grand problème est celui de l'observance du
traitement par les patients : ils oublient de prendre leurs
médicaments, interrompent leur traitement lorsqu'ils commencent à
se sentir mieux ou il arrive qu'ils n'aient pas les moyens de se
procurer le traitement complet et créent ainsi les conditions
idéales pour que les germes s'adaptent au lieu de disparaître. Dans
certains pays, des antibiotiques de mauvaise qualité (mal formulés
ou fabriqués, contrefaits ou périmés) sont toujours en vente et
utilisés pour l'automédication ou la prophylaxie.
Dans le monde entier, les hôpitaux jouent un rôle
crucial dans le problème de la résistance aux antimicrobiens. L'association
de patients très sensibles, d'une utilisation prolongée et intensive
des antitnicrobiens et des infections croisées a abouti à la survenue
d'infections nosocomiales dues à des germes pathogènes très
résistants. La lutte contre celles-ci est très onéreuse et elles sont
extrêmement difficiles à éradiquer. La propagation des infections
dans les hôpitaux a couramment pour origine le non-respect des gestes
simples nécessaire pour lutter contre ce phénomène, comme le fait de
se laver les mains et de changer de gants avant et après le contact
avec chaque patient. C'est également dans les hôpitaux
qu'aboutissent de nombreux patients atteints de graves infections
provoquées par des germes pathogènes résistants contractés dans les
communautés. Avec l'épidémie de SIDA, on s'attend à une
augmentation de la prévalence de ces infections.
Les prescriptions vétérinaires d'antimicrobiens
contribuent également au problème de la résistance. En Amérique du
Nord et en Europe, on estime que 50 % des quantités d'antimicrobiens
produites sont utilisées pour la volaille et les animaux destinés à
l'alimentation. Dans leur grande majorité, ils sont régulièrement
ajoutés comme agents prophylactiques ou activateurs de croissance.
Les animaux sont donc exposés en très grand nombre, quel que soit leur
état sanitaire, à des doses qui, fréquemment, sont
infrathérapeutiques. On a mis en parallèle cet usage répandu des
antimicrobiens dans la lutte contre les maladies ou comme activateurs de
croissance avec l'augmentation des résistances chez les bactéries ( les salmonelles ou les campylobacters) qui se propagent,
souvent par le biais de l'alimentation, de l'animal à l'homme chez qui
elles provoquent des infections.
Le besoin d'une riposte mondiale
En septembre 2001,
l'OMS lance la première stratégie mondiale pour lutter contre les
graves problèmes provoqués par l'émergence et la propagation des
résistances aux antimicrobiens. Appelée Stratégie mondiale de l'OMS
pour la limitation et la surveillance de la résistance aux
antimicrobiens, celle-ci reconnaît que le problème se situe à
l'échelon mondial et que tous les pays doivent s'en occuper. Aucun
pays, aussi efficace soit-il dans sa lutte contre les résistances sur
son territoire, n'est à l'abri de l'importation d'agents pathogènes
résistants par le biais des voyages ou du commerce. Les mauvaises
habitudes de prescription dans quelque pays que ce soit constituent
désormais une menace universelle pour l'activité des antimicrobiens
essentiels.
Comme tant de facteurs interdépendants alimentent
l'apparition des résistances, la stratégie recommande
d'interventions pour ralentir le phénomène et sa propagation dans
divers milieux. Ces interventions sont classées en fonction des groupes
de personnes dont les pratiques et les comportements contribuent aux
résistances et pour lesquelles on juge que des changements pourraient
avoir probablement des conséquences importantes au niveau national
comme international. Ces groupes comprennent les consommateurs, les
prescripteurs et les dispensateurs, les vétérinaires, les
administrateurs d'établissements hospitaliers et de laboratoires
d'analyses, ainsi que les governements nationaux, l'industrie
pharmaceutique, les syndicats professionnels et les organismes
internationaux. L'OMS a publié en juin 2000 les principes mondiaux pour
la maîtrise de la résistance aux antimicrobiens chez l'animal destiné
à l'alimentation humaine.
Comme la responsabilité d'endiguer la résistance
aux antimicrobiens revient pour une grande part aux autorités
nationales, la stratégie attache une attention particulière aux
interventions portent sur l'introduction de législations et de mesures
régissant le développement, l'homologation, la distribution et la
vente des antimicrobiens. Elle est suffisamment flexible pour être
applicable dans les pays riches comme dans les pays pauvres. Le
processus de sélection des interventions nécessaires pour limiter
l'apparition des résistances peut reposer sur les maladies les plus
prévalentes dans un pays donné.
En défendant l'adoption généralisée de cette
stratégie, l'OMS cherche à faire prendre les mesures urgentes requises
pour renverser, ou au moins freiner des tendance£ qui ont des
répercussions majeures sur le plan économique comme sur celui de la
santé. De plus, compte tenu de la nature universelle du problème, il
est probable que tout effort consenti par tout pays pour mettre en
oeuvre la stratégie mondiale de l'OMS aura des conséquences mondiales.
La stratégie repose sur un certain nombre d'actions
de l'OMS visant à la fois à contrôler l'émergence et la propagation
mondiales des résistances et à apporter une aide directe aux pays.
L'Organisation les aide à créer des réseaux de laboratoires pour la
surveillance. Plus spécifiquement, on trouve dans ces actions la
formation du personnel, l'appui pour les méthodes d'assurance de la
qualité des tests de laboratoire ou l'approvisionnement en réactifs.
L'OMS distribue en outre un logiciel, WUONET, dont les microbiologistes,
les cliniiens et tous ceux qui luttent contre les infections peuvent
se servir pour améliorer le suivi systématique des
pharmacorésistances dans leurs hôpitaux et collectivités et pour
échanger leurs informations sous un format commun dans les réseaux
nationaux.
Depuis 1977, l'OMS a produit des listes modèles de
médicaments essentiels afin d'aider les gouvernements à
sélectionner les médicaments les plus efficaces et les mieux
adaptés en fonction de leurs priorités. Ces listes, régulièrement
examinées et actualisées, contribuent également à l'achat et à
l'utilisation rationnelle des médicaments. Les études ont montré que,
dans les régions ou un programme sur les médicaments essentiels est
opérationnel, ceux-ci sont disponibles en quantités significativement
plus importantes, qu'on pratique beaucoup moins d'injections, qu'on
utilise moins d'antimicrobiens et que les stocks se maintiennent environ
trois fois plus longtemps que dans les zones ou un tel programme
n'existe pas. Actuellement, plus de 120 pays ont adopté une liste des
médicaments essentiels.
Disposant désormais de la première stratégie
mondiale de limitation de la résistance aux antimicrobiens, l'OMS se
trouve également en mesure de conseiller les responsables politiques
et les administrateurs sur les interventions spécifiques requises pour
sauvegarder l'efficacité de ces médicaments cruciaux et ainsi veiller
à ce que les futures générations puissent encore bénéficier de
leurs propriétés salvatrices.
Pour plus d'informations:
WHO Media centre
Téléphone: +41 22 791 2222
Courriel: mediainquiries@who.int
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