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LES IN ET LA CRISE DES SYSTÈMES DE SANTÉ |
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- Pourquoi les IN : Parce que leur caractère d’accident médical évitable et leurs conséquences humaines, sociales et économiques en font l’indicateur privilégié de l’efficacité des établissements et de leur capacité d’offrir des services accessibles, sécuritaires et de qualité (voir OMS Défi Mondial pour la Sécurité des Patients – octobre 2005)
- La crise de notre système de santé n’est pas particulière au Québec. Elle est commune à tous les pays quels que soient leur système de santé ou de protection sociale. Elle a des aspects et une gravité variables en fonction de leur prise de conscience de la gravité de cette crise et de leur volonté de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour y répondre. |
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INDEMNISATION DES VICTIMES |
I/ Pourquoi un régime d’indemnisation
- Parce que l’IN est de toute évidence un accident médical qui met en danger la qualité sécuritaire des soins de santé garantie par la loi sur les services de santé et les services sociaux (loi 113 – art. 8.1)
- Parce que cet accident médical est la conséquence de lacunes ou de défaillances dans la chaîne des soins :
- On ne parle pas ici de faute professionnelle ou d’erreur médicale. Celles-ci existent de toute évidence, mais leur preuve éventuelle doit se faire au cas par cas.
- On parle d’un problème de gestion dans la mise en œuvre des moyens et des ressources humaines, matérielles et financières nécessaires à la prévention et au contrôle de ces IN (voir Rapport du Comité Aucouin sur la prévention et le contrôle des IN – avril 2006)
- La gestion du risque infectieux nosocomial est devenu, au Québec comme ailleurs dans le monde, une priorité de santé publique en raison de ses conséquences humaines, sociales et économiques.
- Parce que les IN ont malheureusement trop souvent des conséquences graves, invalidantes voire mortelles pour les patients qui en sont victimes.
Pour ces raisons, il n’est pas acceptable que la victime d’une IN ne puisse actuellement recevoir une juste compensation pour les dommages qu’elle a subis et qui ne sont pas une complication de la maladie ou de la chirurgie à l’origine de l’hospitalisation.
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Principales infections nosocomiales et leurs causes |
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I / Principales infections nosocomiales :
- Les infections urinaires : 33% à 40% des infections nosocomiales suivant les statistiques. Le facteur de risque principal est le cathéter urinaire. Elles sont responsables de 17% des bactériémies (infections du sang). La mortalité est de 0,5% à 4%, 12% s’il y a une bactériémie associée.
- Les infections du site chirurgical : 2% à 5% des chirurgies et 10% à 12% des infections nosocomiales. Elles surviennent dans les 30 jours après la chirurgie et jusqu’à un an après s’il y a pose de prothèse ou d’un implant. La mortalité varie de 4% à 5%.
- Les bactériémies (infections du sang) :
Bactériémies dites primaires, consécutives à la pose d’un cathéter central. Ce sont les plus fréquentes (44%).
Bactériémies dites secondaires, complication d’une autre infection nosocomiale (urinaire, site chirurgical etc…). La mortalité des bactériémie peut atteindre 25%.
- Les pneumopathies, 12% des infections nosocomiales. Elles sont un risque majeur, en particulier chez les patients en assistance respiratoire. La mortalité moyenne est de 7%, mais de 31% chez les patients en assistance respiratoire et de 62% chez les greffés de moelle osseuse.
- Les infections digestives, fréquentes chez les nourrissons. Les diarrhées associées au C.difficile (clostridium difficile) connues depuis 30 ans (1% à 2% des diarrhées) ont augmenté de 26% entre 2000 et 2001 aux USA. Entre 2003 et 2005 elles ont fait 14,000 victimes et 2,000 morts au Québec, et 44,000 victimes en 2004 en Grande – Bretagne.
- Les autres infections : infections des tissus mous (cellulite, plaie de lit, cathéter périphérique), gastro-entérite virale en particulier chez les nourrissons, Influenza et autres virus respiratoires, conjonctivites, sinusites, etc…
II / Les germes responsables
Ils sont très nombreux : bactéries, virus, moisissures. Un même germe peut être responsable de différents types d’infection, Le staphylocoque, par exemple, peut-être retrouvé dans une infection du site opératoire, une pneumonie etc… Les germes les plus fréquents rencontrés sont : l’Escherichia Coli ou E. Coli (23%) ; le staphylocoque doré ou Staphylococcus Aureus (20%) ; le pseudomonas aeruginosa (11%) ; les entérocoques (6%)… La plupart des germes responsables des infections nosocomiales sont devenus résistants aux antibiotiques et le sont de plus en plus. Il y a 20 ans, moins de 10% des staphylocoques dorés étaient résistants à la Methicilline (SARM) ; ils sont 60% actuellement aux USA. Les infections virales sont surtout fréquentes chez les enfants.
III / Les sources d’infection : elles sont très nombreuses.
- Infections endogènes : le patient développe une infection à un germe dont il est porteur (patient colonisé) à l’occasion d’un acte de soin (chirurgie, cathéter, endoscopie, pansement, etc…)
- Infections exogènes à partir de germes de l’environnement. On les retrouve partout : literie, planchers, murs, matériel médical, sanitaire, vêtements du personnel, conduites d’air, aération et climatisation, claviers d’ordinateurs, téléphones cellulaires, etc… Les mains du personnel soignant sont le principal vecteur de transmission des infections. A partir d’un patient colonisé ou infecté au SARM, 5 autres patients peuvent être colonisés en quelques jours.
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Les conséquences humaines des Infections Nosocomiales |
Les infections liées aux soins sont un problème universel. Elles représentent une lourde charge, difficile à gérer, pour les patients et leur famille : perte d’emploi, perte de revenus, invalidité, décès…
Organisation Mondiale de la Santé (octobre 2005)
Les infections nosocomiales figurent parmi les principales causes de mortalité des patients tous âges confondus. A chaque instant dans le monde, 1.4 million de personnes souffrent d’infections induites par les soins. Cela représente des centaines de millions de victimes chaque année.
Dans les pays développés, 5% à 10% des patients dans les centres hospitaliers de soins aigus contractent une infection nosocomiale. Le taux grimpe à 25% dans les unités de soins intensifs et de réanimation les mieux dotées.
Dans certains pays en développement, 66% des patients en soins intensifs en sont atteints et le taux de mortalité peut atteindre 52%.
Les patients âgés ne sont pas les seuls en cause. La prévalence des infections néonatales liées aux soins est de 14% aux USA, de 7% à 19% en Europe, et de 30% au Brésil.
La situation au Québec - En l’absence d’un véritable programme de surveillance en temps réel des infections nosocomiales, on ne connaît pas leur incidence réelle. Cependant l’enquête de prévalence canadienne de février 2002 donne un taux de 9.8%. Un patient sur 10 hospitalisés est victime d’une infection liée aux soins. Cela représente entre 80,000 et 90,000 victimes par an. La mortalité moyenne est de 5% soit environ 4,000 décès. Par comparaison, les accidents de la route sont responsables de 600 décès et le cancer du sein de 1,450. La seule épidémie de C.difficile est responsable de 14,000 victimes et 2,000 morts entre 2003 et 2005. Chaque mois, on dénombre entre 350 et 600 nouveaux cas de SARM (staphylocoque résistant à la Méthicilline), soit entre 4,200 et 7,200 chaque année.
La situation ailleurs dans le monde : 3 exemples.
- USA (295 millions d’habitants) -. D’après le Centre de Contrôle des Maladies d’Atlanta, l’incidence des infections nosocomiales est de 5%. Cela représente environ 2 millions de victimes et 100,000 décès par an. Il y a autant de décès pour les infections nosocomiales que pour le Sida, le cancer du sein et les accidents de la route réunis. En 2004 en Pennsylvanie (11 millions d’habitants), une enquête précise à partir des dossiers médicaux du Medicare, du Medicaid et des assureurs privés a donné les résultats suivants : 115,631 cas pour 1,562,000 admissions dans 173 hôpitaux de soins aigus (7.4%). La durée additionnelle moyenne de séjour est de 15 jours (20 jours pour un malade infecté. 5.4% pour les non infectés). Le taux moyen de mortalité est de 15.4%. Il est de 25.6% pour les bactériémies et de 31.9% pour les pneumonies.
- France (62 millions d’habitants) - L’enquête de prévalence menée en 2001 dans 830 établissements accueillant 236,334 patients donne un taux de 6.8% soit environ 800,000 cas et 8,000 décès dont 4,000 directement liés à l’infection.
- Suisse (7.4 millions d’habitants) - Selon Swiss-Noso (octobre 2005), l’incidence est de 7.2% soit environ 70,000 victimes. Le nombre de décès n’est pas signalé.
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Les conséquences économiques des Infections Nosocomiales |
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Les infections nosocomiales sont une charge considérable pour les budgets de la santé. Leur coût s’ajoute à celui de la maladie ou de la chirurgie à l’origine de l’hospitalisation. Elles prolongent la durée d’hospitalisation, mobilisant des lits et diminuant ainsi l’offre de soins. Elles multiplient le nombre d’examens et nécessitent des traitements souvent coûteux. Parce que la plupart sont évitables, elles entraînent un gaspillage des ressources attribuées à la santé dans le contexte des contraintes budgétaires consécutives à l’explosion des coûts de la santé, au Québec comme partout dans le monde.
I / Les coûts au Québec - Ils sont difficiles à évaluer à cause :
- du manque de données sur le nombre d’infections nosocomiales. Seules les infections à C.difficile sont signalées et depuis août 2004 seulement.
- de la structure globale des budgets hospitaliers qui ne prévoient pas les coûts spécifiques des traitements et de la prévention de ces infections.
Une étude canadienne parue en 2001 dans ‘’Infection Control and Hospital Epidemiology’’ donne les chiffres suivants pour le SARM (coûts additionnels) : patient colonisé, 1,360 $ ; patient infecté, 14,360 $ ; bactériémie, 28,000 $. Il y a en moyenne entre 4,200 et 7,200 nouveaux cas par année.
Dans le Journal de l’Association Médicale Canadienne du 4 août 2004, on estime le coût d’une infection à C.difficile à 10,000 – 12,000 $ soit de 140 à 168 millions pour les 14,000 cas recensés entre 2003 et 2005.
En avril 2004, le Comité des Infections Nosocomiales du Québec (CINQ) a publié une projection théorique des coûts à partir des paramètres suivants : une prolongation moyenne de séjour de 4 jours, la valeur d’un lit équivalent à 300 jours d’hospitalisation par an ; un coût de 500 $ par jour soit 2,000 $ par patient. Sur ces données, les infections nosocomiales sont responsables de 320,000 à 360,000 journées supplémentaires d’hospitalisation par an pour l’occupation de 1,066 à 1,200 lits.
Chaque année, ce sont 180 millions supplémentaires ajoutés au traitement des patients hospitalisés.
II / Les coûts ailleurs dans le monde : 3 exemples.
- USA - Selon les données les plus récentes le coût moyen est de 15,000 $ US par patient pour un coût annuel de 30 milliards $ US.
En 2003, une étude de M.D Nettleman évalue à : 700 $ US le coût d’une infection urinaire ; entre 3,000 $ et 27,000 $ celui d’une infection du site chirurgical ; entre 20,000 $ et 80,000 $ celui d’une infection du site sternal ; entre 5,000 $ et 34,000 $ le coût d’une bactériémie ; entre 10,000 $ et 29,000 $ celui d’une pneumonie et 62,000 $ si elle survient chez un greffé de moelle osseuse.
En 2004, l’état de Pennsylvanie a évalué plus précisément ces coûts à partir des dossiers du Medicare, du Medicaid et des assureurs privés. Pour une durée additionnelle moyenne de séjour de 15 jours, une infection nosocomiale ajoute 20,000$ US au traitement d’un patient. Le coût total pour 2004 est de 2 milliards US.
- France - En 1997, le coût des infections nosocomiales était estimé à 1 milliard d’euros. En 2005, les coûts publiés varient de 383 euros en moyenne pour une infection urinaire à 35,185 euros pour une septicémie en soins intensifs.
- Suisse - En octobre 2005, l’Association Swiss-Noso donne le chiffre de 250 millions CHF pour 70,000 victimes soit 3,570 CHF par patient.
III / Les coûts sont encore plus élevés dans les pays en développement.
Selon l’OMS, ils peuvent représenter de 5% à 10% du budget annuel d’un établissement. Au Mexique, les coûts atteignent 70% du budget total du Ministère de la Santé.
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