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Les mesures de prévention des infections au C.difficile sont les mêmes que pour les autres infections nosocomiales avec quelques particularités dues au fait que la bactérie génère des spores, moins sensibles aux désinfectants habituels et qui peuvent persister pendant des semaines, voire des mois dans l’environnement.
Trois types de mesures doivent être respectées :
- Les précautions générales à prendre avec tous les patients, porteurs ou non du C.difficile.
- Les précautions additionnelles en cas d’infection au C.difficile
- Le contrôle de l’antibiothérapie chez tous les patients nécessitant ces traitements.
A/ Les précautions générales à prendre avec tous les patients porteurs ou non du C.difficile :
1/ Objectif :
Protéger le patient aussi bien d’une infection au C.difficile que de toute autre infection comme le SARM, par exemple (staphylococcus aureus résistant à la méthicilline).
Protéger le personnel soignant vis-à-vis des germes du patient.
Ne pas oublier qu’un patient peut être porteur du C.difficile ou d’une autre bactérie potentiellement pathogène sans présenter de symptômes d’infection. Il représente aussi une source de contamination.
2/ Ces précautions générales sont :
Désinfection des mains avec une solution hydro alcoolique par chaque soignant avant et après chaque contact avec un patient. En cas de souillure des mains, elle doit être précédée d’un lavage à l’eau et au savon.
Si contact probable avec le sang ou les liquides corporels du patient : mettre des gants, éventuellement une surblouse, un masque si nécessaire. Désinfecter les mains après avoir ôté les gants.
Toutes les mesures doivent être prises pour éviter les accidents par piqûre ou coupure.
La même approche doit être prise lors du traitement du linge, l’évacuation des déchets des soins, l’entretien de la chambre, etc…
B/ Les précautions additionnelles.
Elles s’appliquent au patient symptomatique (diarrhée) et porteur d’une souche toxinogène.
Isolement du patient, en chambre individuelle avec des sanitaires propres au patient ou, au minimum, une chaise d’aisance personnelle. A défaut de chambre individuelle, regroupement de plusieurs patients infectés dans la même chambre (cohortage).
Réduire au strict minimum nécessaire les déplacements du patient hors de la chambre dans l’hôpital.
En cas d’épidémie, dépister activement les patients asymptomatiques pour les isoler. Surtout mettre en œuvre les précautions additionnelles dès l’apparition d’une diarrhée chez un patient et avant même de recevoir la confirmation d’une infection au C.difficile par le laboratoire.
Compte tenu des délais moyens de rechute, tels que connus et publiés, ces précautions additionnelles d’isolement doivent être maintenues 7.10 jours après la fin du traitement. Elles doivent être reprises en cas de réapparition de la diarrhée sans attendre les résultats du laboratoire.
Après la levée de l’isolement, la chambre et l’environnement doivent faire l’objet d’un nettoyage et d’une désinfection approfondis avant d’admettre un nouveau patient dans la chambre.
Équipement et protection individuels : gants, blouse de protection à manches longues, spécifiquement réservés aux soins de chaque patient. Ils doivent être changés dès que souillés. Gants et blouse doivent être utilisés aussi bien pour les soins, qu’un cas de contact avec l’environnement. Désinfection des mains après le retrait de la blouse et des gants.
Lorsque plusieurs patients sont isolés en cohorte, les gants et la blouse doivent être changés et les mains désinfectées entre chaque patient.
Hygiène des mains : jusqu’à 59% des mains du personnel soignant peuvent être contaminées au contact de patients infectés par le C.difficile. Les sites colonisés sont sous les ongles, la pulpe des doigts, la paume des mains, sous les bagues. Le lavage à l’eau et au savon est indispensable pour éliminer les spores de la bactérie qui résistent aux solutions hydro alcooliques. Des études récentes (2005) ont montré l’efficacité du gluconate de chlorexidine.
Comme pour toutes les IN, le port des gants diminue de façon significative la contamination des mains et favorise l’efficacité du lavage et de la désinfection des mains.
Nettoyage et désinfection de l’environnement :
Toutes les surfaces de la chambre du patient sont contaminées dans les 24 heures après l’apparition de la diarrhée. Cette contamination peut persister pendant des semaines, voire des mois.
L’entretien journalier avec un produit désinfectant contribue à diminuer la contamination mais peu de familles de désinfectants ont démontré leur efficacité. Les dérivés chlorés comme l’hypochlorite de soude ou le céchloro isocyanurate de sodium paraissent les plus efficaces, de même que le péroxyde d’hydrogène. Le choix des produits est important : certains désinfectants non chlorés favoriseraient la formation de spores par la bactérie. Ces spores sont moins sensibles aux désinfectants et survivent très longtemps dans l’environnement. Les produits chlorés doivent rester au moins 10 minutes en contact avec les surfaces à nettoyer pour être efficaces.
Le protocole de désinfection doit suivre une approche systématique avec une liste des tâches à effectuer, une séquence de nettoyage du «plus propre au plus sale» en terminant par la salle de bain et les toilettes.
Toutes les surfaces fréquemment touchées par les patients doivent être nettoyées et désinfectées : table, table de nuit, barreaux du lit, poignées de porte, sonnette, téléphone, etc…
Les linges, serviettes et autres utilisés pour le nettoyage ne doivent pas être utilisés dans une autre chambre. Ils doivent sortir de la chambre du patient, emballés dans un sac en plastique.
Le personnel d’entretien doit porter blouse et gants et respecter les règles d’hygiène des mains.
Nettoyage et désinfectant doivent se faire au moins une fois par jour et plus si nécessaire, en particulier pour les toilettes et la salle de bain.
A la sortie du patient ou à la levée des précautions additionnelles, tout le matériel ne pouvant être désinfecté doit être jeté et la chambre doit être désinfectée complètement.
Désinfection du matériel et de l’équipement de la chambre.
Le patient isolé doit disposer d’un matériel qui lui est réservé et ne doit pas quitter la chambre : thermomètre, stéthoscope, tensiomètre, flacons d’antiseptique, etc… Ce matériel doit être désinfecté quotidiennement et immédiatement en cas de souillure. Le linge utilisé pour la toilette du patient doit être de préférence jetable, sinon, il doit être remplacé et désinfecté tous les jours.
Traitement des accessoires utilisés pour les repas : l’enlèvement du plateau après le repas doit être fait avec des gants. Sur les chariots, les plateaux à distribuer les repas ne doivent pas être en contact avec ceux des patients infectés. L’hygiène des mains doit être respectée par le personnel de cuisine.
Transport du patient isolé : le patient infecté doit porter les équipements de protection dès qu’il quitte la chambre. S’il se déplace en chaise roulante, celle-ci doit être recouverte d’un linge propre, nettoyée et désinfectée après usage. Le personnel chargé du transport, celui des services de diagnostic et de traitement hors de la chambre doit respecter les mêmes mesures de protection.
Les visiteurs doivent respecter les mêmes règles de protection et d’hygiène ; ne doivent pas utiliser les toilettes du patient ; doivent se désinfecter les mains en sortant de la chambre et quitter directement l’hôpital.
C/ Le contrôle de l’antibiothérapie :
C.difficile est responsable de 15% à 25% des diarrhées survenant après la prise d’antibiotiques, et de plus de 95% des cas de colites pseudo-membraneuses.
Dans un organisme sain, le tube digestif est colonisé par des milliards de bactéries appartenant à 400 espèces différentes. De 30% à 40% de ces espèces représentent 99% de la flore intestinale et forment un écosystème stable essentiel au maintien d’une bonne santé. Parmi ces bactéries, certaines sont connues depuis longtemps pour avoir un rôle bénéfique. On les appelle des «probiotiques».
Les traitements antibiotiques peuvent déséquilibrer cet écosystème et favoriser le développement de bactéries pathogènes telles que le C.difficile.
Un contrôle rigoureux des traitements antibiotiques est essentiel dans la prévention du C.difficile.
Même si le rôle des «probiotiques» est encore mal défini, des études de plus en plus nombreuses sont en faveur de leur utilisation, en complément de l’antibiothérapie, dans la prévention des infections intestinales, en particulier celles dues au C.difficile. |