|
L’IN est un «accident médical évitable» encore appelé «évènement indésirable», lié à la pratique des soins et qui est toujours la conséquence d’une lacune ou d’une défaillance dans la chaîne des soins, quelle qu’en soit l’origine. Ce n’est jamais une complication de la maladie à l’origine des soins. On les appelle également "infections associées aux soins de santé".
Médicalement, une infection est dite nosocomiale lorsqu’elle est absente à l’admission dans un centre de soins. Quand le statut infectieux du malade n’est pas connu, on considère que l’infection est nosocomiale lorsqu’elle survient dans les 48 à 72 heures après l’admission. En cas de chirurgie, ce délai est porté à 30 jours après l’intervention et à 1 an s’il y a pose d’une prothèse ou d’un implant. On distingue ainsi l’infection acquise dans un établissement (nosocomiale) de l’infection dite «communautaire» acquise en dehors d’un établissement.
Aujourd’hui, cependant, la multiplication des processus de soins et des intervenants dans la délivrance de ces soins, la diversification des structures et des systèmes de soins, obligent à mieux définir cette classification. A l’origine utilisée dans un objectif épidémiologique pour la surveillance de ces infections, cette définition classique est insuffisante dans une perspective médico-légale ou d’indemnisation. Elle ne rend pas compte, non plus, des infections acquises au cours de soins délivrés en dehors d’un établissement.
Dans cette nouvelle perspective, une infection est dite associée aux soins (IAS) si elle survient au cours ou au décours de la prise en charge d’un patient à des fins diagnostiques, thérapeutiques, palliatives ou de rééducation, et si elle n’était ni présente ni en incubation au début de la prise en charge (voir définition médicale).
L’IAS englobe ainsi tout évènement infectieux en rapport plus ou moins proche avec un processus, une structure, une démarche de soins, dans un sens très large, que l’infection soit acquise dans un établissement de santé ou au cours de soins délivrés en dehors d’un établissement - soins à domicile par exemple.
L’IAS concerne les patients, malades ou non, mais également le personnel soignant et les visiteurs.
B/ Les principales IN.
1/ Une IN se caractérise à la fois
- Par le site d’infection – organe ou tissu, tous pouvant être le siège d’une infection
- Par le ou les germes infectants
- Selon les patients, un même site peut-être infecté par l’un ou l’autre des germes responsables. Un même germe peut être responsable de l’infection de l’un ou l’autre des sitesChez un même patient, on peut observer plusieurs sites d’infections avec des germes différents.
2/ Les sites d’infections. Tous les organes ou tissus peuvent être le siège d’une IN. Les principaux sont :
- Les infections urinaires (30% à 40% des IN)
- Les infections du site opératoire (12% à 15%)
- Les infections du sang (bactériémies) qui se divisent en deux catégories : les bactériémies primaires chez les patients porteurs d’un cathéter veineux central (10% - 12%). Les bactériémies secondaires au cours d’une autre IN (12% de ces bactériémies sont consécutives à une infection urinaire).
- Les infections respiratoires inférieures ; principalement les pneumonies chez les patients sous ventilation assistée (12% - 15%)
- Les infections digestives.
-
- Les infections des tissus mous (peau, muscles)
- Les infections oculaires.
- Les infections de l’appareil respiratoire supérieur.
- Les infections du système nerveux (méningites)
3/ Les germes responsables : ce sont essentiellement des bactéries, mais aussi des virus, des moisissures.
- Les principales bactéries sont par ordre d’importance : l’Escherichia coli (E. Coli) ; le Staphylococcus aureus et sa forme résistante (SARM) ; le Pseudomonas aeruginosa ; les entérocoques ; les autres staphylocoques ; etc… Depuis 2000-2001, une nouvelle souche plus virulente de Clostridium difficile (C. difficile) est responsable de nombreuses éclosions avec des milliers de victimes. 70% de ces bactéries sont actuellement résistantes à un ou plusieurs antibiotiques, quelquefois à tous.
- Les principales moisissures et levures sont l’aspergillus et le Candica albicans.
- Les virus se rencontrent surtout chez les enfants (norovirus, rotavirus…)
C/ Les facteurs de risques.
On distingue trois principaux facteurs de risques : l’environnement, l’acte de soins, l’état pathologique du patient.
- L’environnement : c’est la présence physique dans les structures ou les lieux où sont pratiqués les soins. Sont concernés : les patients, malades ou non ; les soignants ; les visiteurs.
- La réalisation d’actes de soins qu’ils soient pratiqués dans un établissement de santé ou en dehors. Il s’agit d’actes de soins à visée diagnostique, thérapeutique (initiale ou suivi), de dépistage, de prévention.
- La présence de certaines pathologies sous-jacentes : un système de prise en charge de patients particulièrement fragiles en raison de leur pathologie sous-jacente, et quel que soit le lieu de la prise en charge (établissement ou domicile) doit assurer la prévention des infections associées à l’environnement des soins ou aux actes de soins.
D/ Contrairement aux idées reçues jusqu’à maintenant :
1/ L’IN n’est pas l’apanage des seules personnes âgées. Elle se retrouve à tous les âges, en particulier les nourrissons en néonatalogie : 14% aux USA, 7 à 19% en Europe, 30% au Brésil.
2/ Elles ne sont pas plus fréquentes dans les unités de soins à haut risque (unités de soins intensifs) selon le Centre de Contrôle des Maladies (USA – mars 2007) 1.2 million des 2 millions d’IN signalées chaque année se produisent en dehors des soins intensifs.
3/ Ce n’est pas la gravité de la maladie à l’admission que est la principale responsable d’une IN, mais d’abord le non respect des règles d’hygiène et de prévention.
4/ Ce ne sont pas seulement 33% des IN qui peuvent être évitées comme on le répète depuis plus de 20 ans mais au moins 50% et jusqu’à 80% - 90% et plus. Il n’est plus acceptable que l’IN soit considérée comme une fatalité. C’est un accident médical évitable. Les établissements de santé doivent viser l’objectif théorique de zéro infection (APIC. Association for Professionals in Infection Control and Epidemiology. 11,000 spécialistes à travers le monde - février 2007). La sécurité des patients est une priorité politique, la lutte contre les IN une priorité de santé publique. (Ministre de la Santé – France. États généraux des IN - avril 2007) La prévention des IN est d’abord un problème de gestion des ressources humaines, matérielles et financières (Comité Aucouin sur les IN – Québec - avril 2005). |