Comment nous aider

Séjour à l'hôpital ? Protégez-vous !

Autres Associations

ADVIN et les médias

Accueil arrow Documentation arrow Générale arrow L’ IMPACT DES IN SUR LES SYSTÈMES DE SANTÉ
L’ IMPACT DES IN SUR LES SYSTÈMES DE SANTÉ
Ecrit par Jacques Besson   
23-09-2007

Il est considérable. Non seulement les IN font chaque année des centaines de millions de victimes dans le monde (OMS), mais elles ont aussi des conséquences souvent tragiques pour les malades et leurs familles : perte de revenus ; perte d’emploi ; invalidité ; décès. Elles prolongent inutilement le séjour à l’hôpital et augmentent les coûts des traitements entraînant une augmentation des coûts de la santé. Elles mobilisent des lits, souvent au détriment des malades en attente d’une hospitalisation. Elles sont une surcharge de travail pour le personnel soignant entraînant fatigue supplémentaire et stress à l’origine de défaillances ou d’erreurs médicales avec un impact certain sur l’absentéisme.

I/ Les conséquences humaines des IN

Avec le développement et l’amélioration des systèmes de surveillance et de contrôle, elles sont de mieux en mieux connues et apparaissent beaucoup plus importantes qu’on ne le croyait. Le nombre des IN augmente régulièrement  depuis 30 ans, tandis que l’arsenal médicamenteux pour les traiter s’épuise progressivement du fait du développement constant des résistances bactériennes aux traitements.

Organisation Mondiale de la Santé (Défi Mondial pour la Sécurité des Patients – Octobre 2005) :
  • 1.4 million de personnes sont victimes d’une IN à chaque instant dans le monde, soit plus de 500 millions de victimes chaque année. Les IN sont actuellement un des plus grands problèmes de santé publique que tous les pays doivent affronter. Dans les pays développés, environ 5% à 10% des patients admis en soins aigus en sont victimes. Même dans les unités de soins intensifs et réanimation les mieux dotés, 25% des patients contractent une IN. Dans les pays en développement, leur nombre peut atteindre jusqu’à 40% des patients, avec des taux de mortalité de 12% à 52%. Dans ces pays, chaque jour, 4,384 enfants meurent d’une IN, plus de  1,600,000/an.

Etats-Unis (300 millions d’habitants) :
Données 2002 du Centre de Contrôle des Maladies (CDC) :
  • Incidence : 5% des patients hospitalisés. 2 millions de victimes/an
  • Mortalité : 5% - 100,000 décès/an ; autant que pour le cancer du sein, le sida et les accidents de la route réunis.
  • Données plus récentes (2004-2007) : elles montrent que ces chiffres sont sous évalués :

1/ Rapport 2005 du Pennsylvania Health Care Cost Containment Council (PHC4)

Il concerne les seules IN suivantes : infections urinaires sur cathéter ; infections du site opératoire en neuro chirurgie, orthopédie et chirurgie cardio-vasculaire ; bactériémies sur cathéter veineux central ; pneumonies sous ventilation assistée:

  • au total 19,154 IN (12.2/1,000 admissions)
  • 2,478 décès (12.9%)
  • Pour cette même année, le PHC4 évalue le nombre de cas de C.difficile à 20,941 avec 2,500 décès.

La Pennsylvanie compte 11 millions d’habitants.

2/ Juin 2007. Enquête de prévalence sur le SARM -

(APIC. Association for Professionals in Infection Control and Epidemiology – 11,000 spécialistes dans le monde).

L’enquête porte sur 1,237 établissements des 50 états américains :

  • 3.4% des patients infectés par le SARM soit 8.6 fois plus que dans l’estimation du CDC en 2005 (0.4%).
  • 67% des cas de SARM sont trouvés chez des patients hospitalisés pour des raisons non chirurgicales.
  • Si l’on ajoute les patients colonisés (porteurs de la bactérie sans infection clinique) le taux de SARM est de 4.6%. Au total 1.2 million/an de patients concernés par le SARM seulement.

3/ 2006- Parkland Memorial Hospital (Texas) : 1,200 patients infectés par le SARM soit 100/mois,
4 fois plus qu’en 2000.

4/ Union Européenne (450 millions d’habitants) (1er Forum Mondial sur les IN - Juin 2007) :

  • 5 millions de victimes/an
  • 185,000 décès dont 50,000 directement causés à l’infection.

5/ France (63 millions d’habitants)

  • 1/ Enquête de prévalence 2001 :
    • 6.7% des patients hospitalisés – 800,000 victimes/an, environ 9,000 décès dont 4,000 directement liés à l’infection.
  • 2/ Enquête de prévalence 2006 :
    • 4.97% des patients hospitalisés.


Suisse – (7.4 millions d’habitants)

  • Enquête de prévalence 2005 :
    • 7.2% des patients. Environ 70,000 victimes/an
    • 5,000 décès.

Belgique – (11 millions d’habitants)

  • 7% des patients hospitalisés
  • 115,000 victimes/an


La situation au Québec

1/ Enquête de prévalence Canadienne – février 2002

  • 9.8% des patients hospitalisés – 80,000 – 90,000 cas/an
  • Mortalité moyenne 5% - environ 4,000 décès/an.

2/ Base de données Med. Echo :

  • En 2003 – 2005, 14,000 victimes et 2,000 décès dus au C.difficile.

En fait, la situation exacte des IN est mal connue.
En dehors du C.difficile depuis août 2004, il n’y a pas de véritable système de surveillance et de contrôle des IN. Leur impact sur la durée d’hospitalisation ou les coûts additionnels n’est pas connu pour l’ensemble des établissements.

Le plan d’action présenté en juin 2006 à la suite du rapport du comité sur la prévention et le contrôle des IN d’avril 2005 (Comité Aucouin) est totalement insuffisant à ce sujet. Alors que la surveillance générale en continu de toutes les IN est présentée comme la seule efficace pour évaluer l’importance de ces infections, dépister dès leur début les éclosions ou les émergences pour mettre en place des mesures de prévention et de contrôle efficaces, c’est une surveillance ciblée qui est seulement «conseillée» tout en reconnaissant qu’elle ne remplit pas les exigences d’une surveillance efficace. De plus, elle laisse de côté 60% des IN dont certaines parmi les plus fréquentes (IN urinaires) ou les plus graves (infections du site opératoire : pneumonies). Cela va totalement à l’encontre du Rapport Aucouin qui précise que «L’efficacité de la prévention dépend d’une approche standardisée pour tous les établissements des méthodes de surveillance, de prévention et de contrôle».

Ce plan, en aucune façon, ne permet au Québec, de rattraper ses 10 ans de retard dans la lutte contre les IN.

II/ Les coûts des IN.

Ils sont considérables et grèvent lourdement les budgets de la santé déjà en augmentation continue dans la plupart des pays en raison du vieillissement de la population et des progrès des techniques médicales plus performantes mais aussi plus coûteuses, de l’émergence de nouvelles maladies (sida, SRAS…) et de la réapparition de maladies que l’on croyait vaincues (tuberculose…). Parce que la plupart de ces IN sont évitables, ces coûts représentent un véritable gaspillage des ressources affectées à la santé, au détriment d’autres activités et services tout aussi nécessaires. La situation est encore plus dramatique dans les pays en développement. Au Mexique, par exemple, le traitement des IN représente 70% du budget total du Ministère de la Santé (OMS).

Etats-Unis :

  • En 2001-2002, le CDC estimait ces coûts à environ 5 milliards $ US.
  • Les données plus récentes et plus documentées évaluent à environ 15,000 $ le coût additionnel moyen d’une IN soit environ 30 milliards/an.
  • Le rapport 2005 sur les IN en Pennsylvanie donne des chiffres encore plus élevés. Ils sont significatifs car ils concernent la totalité des établissements de soins aigus de cet état (168), 1,569,164 patients traités en 2005 et 394,129 journées d’hospitalisation :
    • Coût total des IN : 3.5 milliards.
    • Coût moyen d’une IN : 185,260 $ contre 31,389 pour un patient non infecté.
    • Coût moyen d’une IN urinaire : 123,725 $
    • Coût moyen d’une IN chirurgicale : 132,110 $
    • Coût moyen d’une pneumonie : 256,133 $
    • Coût moyen d’une bactériémie : 282,276 $

Pour une même infection, les coûts varient suivant les hôpitaux de même catégorie (même nombre d’admissions/an ; même complexité des soins ; même pourcentage et mêmes types de chirurgie…). Pour une infection urinaire, ils varient de 40,105 $ à 505,404 $ ; de 46,505 $ à 695,520 $ pour une chirurgie ; de 73,241 $ à 1,070,370 $ pour une pneumonie ; de 79,124 $ à 856,842 $ pour une bactériémie.


France (Officie Parlementaire d’Évaluation des Politiques de Santé – OPEPS – Juin 2006).

Coût global : de 2.4 milliards à 6 milliards d’euros.

  • Infection urinaire : 340 euros.
  • Bactériémie en soins intensifs : 40,000 euros.

Belgique :

  • 170 millions d’euros.

Suisse :

  • 250 millions CHF.

La situation au Québec :

«Malgré la quasi absence de données fiables… il nous apparaît raisonnable d’inférer que les IN coûtent autour de 180 millions». (Rapport du Comité Aucouin – Avril 2005).

Cette estimation est basée sur une durée moyenne additionnelle de séjour (DMS) de 4 jours et un coût de 500 $ / jour.

Depuis 2005, de nouvelles données ont été publiées qui montrent que ces chiffres sont sous-évalués :

1/ Coût d’une IN au C.difficile (Journal de l’Association Médicale Canadienne – 13 août 2004) :

  • 10,000 à 12,000 $
  • 140 à 168 millions pour 2003- 2005 (14,000 victimes).


2/ CHU de Sherbrooke 2007

  • Coût d’une IN au SARM : 15,000 $
  • DMS : 14 jours

3/ CHU de Montréal (2006)

  • Infection du site opératoire :
    • DMS : 30.98 jours (7.45 sans infection)
    • Coût : 26,995 (8,780 pour un patient non infecté)
    • 3,380 cas/an : 91,243,100 $
  • Bactériémie sur cathéter veineux central :
    • DMS : 38.06 jours (24.74 sans infection)
    • Coût : 45,350 (25,436 sans infection)
    • 1,336 cas en un an : 60,587,600 $
  • Soit au total pour ces deux seules infections dans un CHU de 3 hôpitaux avec 1,100 lits : 151,830,700 $.

III/ Impact des IN sur la gestion des systèmes de santé.

En plus de l’augmentation des dépenses de fonctionnement, il se situe essentiellement à deux niveaux :

L’augmentation de la durée moyenne du séjour hospitalier (DMS) et du nombre de lits nécessaires pour traiter ces IN.

La gestion du personnel soignant avec la surcharge de travail et ses conséquences, aggravées dans les situations de pénurie de personnel.

Augmentation de la DMS : d’après les données les plus récentes, elle se situe autour de 15 jours environ, au Québec comme ailleurs.

En Pennsylvanie – USA (Rapport 2005 sur les IN)

Les chiffres sont les suivants :

  • DMS d’un patient non infecté : 4.5 jours
  • DMS d’un patient infecté, toutes IN confondues : 20.6 jours
  • DMS d’une infection urinaire : 16.8 jours
  • DMS d’une infection du site opératoire : 14.5 jours
  • DMS d’une pneumonie : 24.3 jours
  • DMS d’une bactériémie : 27.3 jours

Au Québec :

CHU de Sherbrooke :

  • DMS d’une infection au SARM : 14 jours

CHU de Montréal :

IN du site opératoire :

  • DMS sans infection : 7.45 jours
  • DMS avec infection : 30.48 jours
  • Soit pour 3,380 cas/an : 104,712.4 jours d’hospitalisation ou 349 lits (1 lit = 300 jours d’hospitalisation)
  • Bactériémie sur cathéter veineux central :
    • DMS cathéter sans infection : 24.74 jours
    • DMS avec infection : 38.06 jours
    • Soit pour 1,336 cas/an : 50,848 jours ou 169 lits.
    • Une augmentation de la DMS de 15 jours est donc réaliste.


Pour les 90,000 IN recensées chaque année au Québec, cela représente 1,350,000 journées d’hospitalisation et 4,500 lits occupés au détriment des milliers de patients en attente d’un traitement.

Pour le seul CHU de Montréal une diminution de seulement 50% des IN du site opératoire et des bactériémies aurait pour résultat de récupérer 48,599 journées d’hospitalisation et 162 lits permettant de traiter en un an 5,785 patients de plus.

Impact sur la gestion du personnel soignant :

Chaque IN nécessite une surveillance plus fréquente des patients, des soins plus lourds et plus nombreux d’où une surcharge de travail pour le même nombre de patients par infirmier(e).

Il en résulte un état de surmenage, de stress, une augmentation de l’absentéisme, aggravés dans un contexte de pénurie de personnel.

D’après l’OMS : travailler dans une situation de surcharge en soins, un rapport patients/soignants trop élevé, la multiplication des opportunités à l’hygiène des mains par heure de soins, le manque de temps sont les facteurs les plus souvent évoqués entraînant un respect insuffisant des règles d’hygiène et de prévention. Avec pour conséquences une augmentation des erreurs et des défaillances dans la délivrance des soins, et une augmentation des IN.

Deux études récentes, l’une de la Columbia University School of Nursing aux Etats-Unis (juin 2007), l’autre européenne en Slovénie (2006), montrent :

que l’augmentation de la charge de travail des infirmiers s’accompagne toujours d’une augmentation des IN

que l’amélioration des conditions de travail des infirmières et du personnel soignant en général s’accompagne toujours d’une amélioration de la sécurité et de la qualité des soins.


 
< Précédent   Suivant >