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Les hôpitaux de Genève
L'Organisation Mondiale de la Santé donne en exemple les hôpitaux de Genève pour leur succès dans la lutte contre les infections nosocomiales. "Avoir les mains propres" grâce à une solution hydro-alcoolique efficace et rapide est le mot d'ordre dans tous les centres de soins de Genève (HUG). Depuis que cette campagne de lavage des mains a été lancée et rigoureusement suivie en 1995, le taux des IN a baissé de 50% en moyenne. L'OMS désigne les hôpitaux génevois comme des modèles de référence et exhorte les hôpitaux du monde entier à suivre leur modèle.

GENÈVE - Dans le cadre de son programme de lutte contre les infections nosocomiales, l'OMS exhorte les hôpitaux du monde entier à suivre le modèle de Genève.

Avoir les mains propres... La stratégie que les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont élaborée pour lutter contre les infections liées aux soins de la santé (infections nosocomiales) part d'une intuition presque simpliste: «Il existe un lien étroit entre la promotion de l'hygiène des mains et la réduction des infections nosocomiales.» En dix ans, les HUG ont pourtant réussi à imposer une méthode de prévention connue par les spécialistes sous le nom de «Geneva model». Si bien que l'Organisation mondiale de la santé (OMS) est allée jusqu'à désigner les établissements genevois comme «centres de référence» pour la lutte de ces infections au niveau mondial. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon des enquêtes effectuées en Suisse, jusqu'à 14% des patients hospitalisés dans les hôpitaux de soins aigus sont victimes de complications nosocomiales. Cela représente environ 70000personnes par an, soit une dépense exorbitante estimée à 300millions de francs. En 1995, la prévention des infections liées aux soins est donc devenue une priorité pour les HUG. Ils ont alors lancé une campagne de promotion de l'hygiène des mains impliquant l'ensemble de leur personnel (soignant, logistique et administratif). Depuis lors, les cas ont diminué de moitié.

UNE SOLUTION ALCOOLISÉE
L'un des gros problèmes était que le personnel soignant ne se lavait pas suffisamment les mains. Ce n'était pas faute de bonne volonté, mais plutôt de temps. Par exemple, un infirmier des secteurs de réanimation (qui accueillent des patients extrêmement vulnérables) devrait se nettoyer les mains vingt fois par heure pour être parfaitement désinfecté! Or, se laver les mains au lavabo prend une ou deux minutes...

C'est pour remédier à cette pénurie temporelle que les HUG ont été les premiers à penser à une «friction hydro-alcoolique», dont l'application est plus rapide (une dizaine de secondes) et plus efficace que l'eau. Chacun peut en outre en garder un flacon sur lui. «Les HUG ont breveté la composition de cette solution et nous imposons à l'entreprise qui nous la fabrique de ne pas la vendre plus de deux fois son prix à d'éventuels autres clients. C'est un symbole...», explique Didier Pittet.

Par un biais plus pédagogique – affiches ludiques, mesures et communication des résultats, notamment –, les HUG encouragent le personnel à se laver les mains le plus souvent possible. En moyenne, la promotion de l'hygiène des mains coûte 124000francs par année aux HUG (dont 85% servent à l'achat de la friction hydro-alcoolique), soit 267centimes par admission. Cette somme ne représente que 1% du budget des établissements de soins.

UN PROBLÈME MONDIAL
Depuis 2003, c'est le service de prévention et contrôle de l'hygiène, chapeauté par le professeur Pittet, qui a repris le flambeau de cette campagne avec l'espoir d'uniformiser les pratiques en matière de lutte contre les complications nosocomiales. Pour ce faire, les HUG ont introduit une signalisation pour les lits et les chambres des malades, indiquant les patients dont l'immunité est la plus fragile, et dispensé à 10000collaborateurs –les HUG comptent 8500postes– une formation de deux heures.

Genève a servi de modèle à de nombreux hôpitaux en Europe, aux Etats-Unis, au Canada, en Chine, au Japon et en Australie. «Il s'agit d'un problème mondial. Economiquement, les infections nosocomiales ont un impact énorme. Aux Etats-Unis, elles coûtent 29milliards de dollars par an, et en Grande-Bretagne, 6milliards de livres sterling», avertit le docteur Agnès Leotsakos, de l'Alliance mondiale de l'OMS pour la sécurité des patients.

«Le taux d'infection varie selon la complexité des soins et le degré d'immunité des patients, remarque Didier Pittet. L'objectif de notre service est de stabiliser ce taux... le risque zéro n'existe de toute façon pas!» Il faut ajouter que les infections ne se développent pas seulement dans les hôpitaux: beaucoup sont apportées par les gens de l'extérieur... Il s'agit d'un problème qui touche tout le monde. En guise de confirmation, une porte-parole des HUG nous a confié: «20% de mon temps, je le passe à former des équipes pour la prévention des infections nosocomiales.»
 
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