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QU’EST-CE QUE LE SARM ?

19 octobre 2008 - SARM est l'acronyme de «Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) Résistant à la Méthicilline». En anglais, on connaît cette infection sous le nom de MRSA.

Les staphylocoques sont des bactéries qui vivent :
  • dans l'environnement extérieur
  • chez l'homme où plusieurs espèces colonisent la peau et certaines muqueuses sans provoquer de maladies (ce sont des bactéries appelées «commensales»).Le staphylocoque doré est la plus dangereuse de ces bactéries. Il est responsable de nombreuses infections de gravité variable. La souche résistante aux antibiotiques (SARM) est apparue dès les premières années d'utilisation de ces médicaments, il y a 60 ans. Elle s'est développée surtout depuis 30 ans, et actuellement de plus en plus d'infections au staphylocoque sont dues au SARM.



Quelle est l'importance du SARM ?

Le staphylocoque doré est la deuxième plus importante cause d'IN après la bactérie Escherichia coli (E.coli) et le nombre d' infections nosocomiales (IN) au SARM est en augmentation constante dans le monde entier. La bactérie est maintenant à l'état endémique dans de nombreux pays en particulier aux Etats-Unis où 4.6% des patients hospitalisés sont soit colonisés (1.2%) soit infectés (3.4%) par la bactérie, ce qui représente environ 1,600,000 victimes par an colonisées et/ou infectées (1).

Au Québec, comme au Canada, en l'absence d'un véritable système de surveillance des IN, on n'a que des données partielles sur le nombre de cas et la mortalité des IN dues au SARM. Toutes montrent une augmentation des cas.

En 2006, 5,787 nouveaux cas de SARM ont été identifiés dans seulement 48 hôpitaux sentinelles de 9 provinces, ce qui représente environ de 29,000 à 30,000 nouveaux cas pour l'ensemble du Canada en une année, et seulement pour les hôpitaux de soins aigus (2). Là encore, comme pour le C.difficile, la situation dans les centres de soins de longue durée n'est pas connue, alors que les personnes hospitalisées dans ces centres sont particulièrement fragiles et sensibles aux infections.

Au Québec, le taux de prévalence du SARM est passé de 16.6% en 2000 à 48,0% en 2003 dans les centres hospitaliers de courte durée (3). Le SARM est à l'état endémique dans la plupart des hôpitaux du Québec. Et le plus inquiétant est que 82% des cas de SARM seraient des bactériémies (infections du sang) dont la mortalité moyenne est de 30% des cas (3).


Le SARM communautaire (SARM-C). Les infections au SARM ne sont plus seulement hospitalières (nosocomiales). Depuis une dizaine d'années, d'autres souches de SARM sont apparues dans la communauté, d'abord en Australie et se sont répandues à travers le monde. Ces souches de SARM-C sont différentes des souches hospitalières. Le nombre de cas est en augmentation constante, et de plus en plus d'infections au staphylocoque doré en dehors des hôpitaux sont maintenant dues au SARM-C. En plus de provoquer des infections qui peuvent être mortelles, elles constituent un foyer important de contamination à l'origine d'infections hospitalières (nosocomiales). Les personnes infectées ou simplement colonisées contaminent le milieu hospitalier lorsqu'elles sont hospitalisées. Actuellement aux Etats-Unis, plus de 58% des infections graves au SARM sont communautaires et associées aux soins de santé (4).

Le SARM-C est à l'état endémique aux Etats-Unis.

Au Canada et au Québec, le SARM-C est aussi présent même si peu de données sont publiées à son sujet et qu'on laisse la population dans l'ignorance.

Mais, là encore, l'absence d'un véritable système de surveillance ne permet pas d'en connaître l'importance réelle.

  • Dans la région de Calgary, en Alberta, on en signalerait de  40 à 70 cas par mois (5-6).
  • Plusieurs cas «auraient» été documentés dans des hôpitaux de Montréal et de Québec selon l'Agence de la Santé et des Services Sociaux de Montréal (7). Mais le nombre exact de cas est mal connu et surtout rien n'est prévu pour la surveillance du SARM-C. Il est simplement dit : «Il semble que ces infections à SARM-C soient en émergence au Québec et dans la région de Montréal» et «que la mise en place d'une surveillance épidémiologique permettrait d'identifier la ou les souches responsables...».


Quand on sait que ces infections, si elles ne sont pas traitées convenablement, peuvent devenir mortelles en particulier chez les enfants, cette attitude des autorités de santé publique n'est pas acceptable. Pourquoi alors publier des recommandations pour la prévention des infections au SARM (8).

Ces infections au SARM-C surviennent fréquemment chez les personnes en bonne santé, sans facteur de risque particulier. Elles affectent surtout les nouveaux-nés, les enfants et les jeunes adultes. Elles provoquent des éclosions (épidémies limitées) dans les milieux où la promiscuité est importante (prisons, camps militaires, internats, vestiaires des écoles et des clubs sportifs etc...) ou en cas de mauvaise hygiène (sans-abri).



Comment contracte-t-on le SARM ?

Le staphylocoque, résistant ou non aux antibiotiques, est une bactérie commensale de l'homme. Jusqu'à 50% des personnes en bonne santé sont colonisées par la bactérie que l'on retrouve :

  • essentiellement au niveau des fosses nasales et de la gorge
  • souvent au niveau du périnée (partie inférieure du bassin où se trouvent les orifices urinaires et digestifs et les organes génitaux)
  • en faible quantité dans le tube digestif


Ces porteurs sains disséminent la bactérie sur leurs vêtements et dans leur environnement. Ils sont ainsi des foyers de contamination et peuvent être à l'origine d'infections nosocomiales en cas d'hospitalisation. En 2005-2006, 61% des patients de l'Hôpital Le Gardeur dans la banlieue de Montréal étaient colonisés par le SARM à leur admission (9).

A l'hôpital, la contamination se fait essentiellement par les mains et les vêtements du personnel soignant qui se contaminent au contact des patients colonisés ou infectés et disséminent la bactérie dans tout l'hôpital. Après un seul contact avec le patient et / ou son environnement, plus de 60%  des mains et des vêtements du personnel sont contaminés par le SARM (10).

Pour le SARM-Communautaire, la contamination se fait :

  • par contact physique avec une personne colonisée par le SARM-C ou présentant des lésions cutanées dues à la bactérie
  • par contact avec les vêtements, serviettes et autres objets appartenant à des personnes contaminées. Dans les vestiaires d'écoles, de clubs sportifs etc... l'échange de serviettes et autres linges est un facteur fréquent de contamination.
  • par contact avec l'environnement


Le risque de contamination est particulièrement élevé chez les groupes de personnes qui vivent dans un environnement favorisant la promiscuité : écoles, garderies, clubs sportifs, gymnases, camps militaires, prisons etc...

Une éraflure ou toute autre lésion de la peau constitue une porte d'entrée de la bactérie à l'intérieur de l'organisme et facilite le développement d'infections plus graves.



Quels sont les symptômes des infections au SARM ?

Les symptômes d'une infection à Staphylococcus aureus résistant à la méthicilline sont les mêmes que ceux présents lors d'une infection par un autre type de Staphylococcus aureus. La peau est rouge et enflammée autour de la plaie. Dans les cas graves, les symptômes suivants peuvent être présents : fièvre, léthargie et maux de tête. SARM peut causer des infections urinaires, des pneumonies, le syndrome du choc toxique et même la mort.


A l'hôpital, tous les organes et tissus peuvent être infectés par le SARM. (voir : les principaux sites d'IN). Les infections les plus graves sont les infections du sang (bactériémies) chez les patients avec un cathéter veineux central, les pneumonies sous ventilation assistée, les infections du site opératoire et les infections des os et des articulations. Ces dernières (ostéomyélites) sont particulièrement difficiles à soigner et très souvent récidivantes ; en France, 10 centres régionaux spécialisés ont été créés pour les traiter en raison de leur gravité particulière.



Dans la communauté, les infections cutanées sont les plus fréquentes sous la forme de simples boutons ou de furoncles. Le SARM-C  est souvent diagnostiqué au début de façon erronée comme une simple piqûre d'insecte. Il s'agit d'une rougeur, avec gonflement, douleur, puis écoulement de pus.

Si les lésions cutanées ne sont pas soignées rapidement, l'infection peut s'étendre aux tissus mous : abcès, cellulites, myosites (infections des muscles). Elle peut aussi s'étendre aux autres tissus et organes.



Certaines souches de SARM-C produisent des toxines très virulentes appelées PVL (Panton Valentine Leucocydine). Elles détruisent les leucocytes (globules blancs) et provoquent des chocs toxiques et / ou des destructions de tissus, en particulier des poumons, qui sont mortelles dans 50% des cas en quelques jours.



Comment se protéger des infections au SARM ?

A l'hôpital, les mesures de prévention sont les mêmes que pour les autres IN (voir prévention des IN).

Tous les patients devraient être testés pour le SARM à l'admission par un simple prélèvement nasal qui n'est pas douloureux. Il existe maintenant des tests rapides qui confirment la présence de la bactérie en quelques heures.

On doit aussi constamment rappeler l'importance de l'hygiène des mains et les patients doivent demander au personnel soignant de se laver les mains avant de les toucher.

Dans la communauté, la prévention des infections au SARM-C repose essentiellement sur les mesures d'hygiène personnelle.

1- Ici encore, l'hygiène des mains reste la principale mesure de prévention. Elle peut se faire :

  • soit avec de l'eau et du savon
  • soit avec une solution hydroalcoolique contenant 60% d'alcool au moins


2- Quand doit-on se laver les mains ?

  • quand elles sont sales ; avant de manger ; après avoir utilisé les toilettes ; après avoir touché tout objet pouvant être contaminé
  • quand les mains sont souillées, le lavage à l'eau et au savon est obligatoire avant d'utiliser éventuellement une solution hydroalcoolique


3- Les risques de contamination étant particulièrement élevés dans les situations de promiscuité - internats, vestiaires d'écoles ou d'installations sportives etc... il faut :

  • se laver ou se doucher après chaque séance d'entraînement et chaque évènement sportif
  • ne jamais partager ses objets personnels : savon, rasoir, brosse à dents, crèmes et autres cosmétiques, limes à ongles, vêtements etc...
  • nettoyer et désinfecter après chaque usage tout l'équipement sportif partagé : tapis, jambières, casques etc...


4- Nettoyer et désinfecter chaque lésion cutanée et la couvrir avec un pansement sec.

5- Signaler toute plaie d'apparence suspecte au médecin.

Dans tous les cas - SARM hospitalier ou communautaire - il faut informer tout professionnel de santé qu'on a eu une infection au SARM.

A l'hôpital, une personne infectée au SARM doit être mise en isolation avec les mesures de protection classiques: port de gants, de jaquette, éventuellement de maque, désinfection rigoureuse de l'environnement du patient et de tous le objets qui peuvent être touchés, salle de bain privée etc.

 

Les personnes à risque

SARM infecte habituellement des personnes âgées ou très malades qui séjournent dans des hôpitaux. L'utilisation fréquente et prolongée ou assidue d'antibiotiques peut accroître le risque d'infection. Ce risque est également élevé chez  les personnes atteintes de maladies chroniques ou dont le système immunitaire est affaibli. Les patients en chimiothérapie sont très vulnéralbes aux infections et 40% contractent une infection nosocomiale.

L'infection peut se développer dans une plaie ouverte, notamment une escarre de décubitus (plaie de lit) ou lorsqu'il y a insertion d'un tube dans le corps, par exemple, une sonde urinaire. Il est rare que des personnes en bonne santé soient infectés par SARM.

 

Est-il possible de traiter l'infection à SARM?

Oui. Bien que SARM soit résistant à de nombreux antibiotiques et que l'infection qu'il provoque puisse être difficile à traiter, il existe quelques antibiotiques qui peuvent guérir une infection à SARM.Les traitements sont souvent longs de plusieurs semaines voire de plusieurs mois. Malheureusement, certaines infections au SARM ne guérissent pas et le patient reste avec des symptômes soufrant et handicapant: douleurs fortes, plaie qui ne se ferme pas, etc.

Les patients qui sont uniquement colonisés par SARM n'ont habituellement pas besoin de traitement. Par contre, ces personnes devraient être signaler qu'elles sont colonisées (porteuses de la bactérie) lors de toute hospitalisation.



Combien de temps les infections à SARM persistent-elles?

Des personnes en bonne santé peuvent être porteuses de bactéries de type SARM qui sont logées dans leur nez ou demeurent sur leur peau pendant des semaines, voire des années. En fait, une personne en bonne santé peut parvenir à éliminer efficacement SARM de son organisme sans même recourir à un traitement, cependant, à moins que la bactérie n'ait été complètement éliminée, cette personne peut de nouveau être infectée si elle prend des antibiotiques.



Texte écrit par Jacques Besson, président d'ADVIN - toute reproduction est autorisée à condition de mentionner la source.



Notes :

  1. Association for Professionnals in Infection Control and Epidemiology - (APIC) National Prevalence Study of Methicilline - Resistant Staphylococcus aureus in US Health Care Facilities. 25 juin 2007.
  2. Programme Canadien de Surveillance des Infections Nosocomiales (PCSIN). Surveillance de Staphylococcus aureus résistant à la Méthicilline (SARM). Résultats pour l'année 2006.
  3. Comité des Infections Nosocomiales du Québec (CINQ). Groupe sur la Résistance aux Antimicrobiens - juin 2006.
  4. Klevens et al. Invasive Methicillin Resistant Staphylococcus aureus Infections in United States. JAMA. Vol.298 - 15 octobre 2007.
  5. Journal de l'Association Médicale Canadienne - 2 janvier 2007 - Community Associated MRSA - Superbug at our doorstep.
  6. CANWEST - 1er février 2007 - Superbug Emerging in Canada.
  7. Agence de la Santé et des Services Sociaux de Montréal : avis intérimaire de santé publique. Émergence de Staphylococcus aureus résistant à la Méthicilline. d'origine communautaire (SARM-C) dans la région de Montréal - 8 août 2006.
  8. Agence de Santé et de Services Sociaux de Montréal. Prévention des infections au SARM-C - 28 avril 2008.
  9. Maziade P.J. Réduction des infections au SARM par un projet systématique de lavage des mains des patients du Centre Hospitalier Pierre Le Gardeur. Mesures de Performances en Santé 2ème édition - Insight Information - 19-20 septembre 2006 - Montréal.
  10. Mc Caughey B. Reduce Infection Deaths - Unnecessary Deaths : The Human and Financial Costs of Hospital Infections. 3rd Edition 2008.
Des chiffres qui parlent:

Les infections associées aux soins nosocomiales (contractées à l'hôpital) font chaque année autant de victimes que le cancer du sein, le sida et les accidents de la route réunis au Québec comme au Canada.
au Québec seulement chaque année:

  • 1 patient sur 11 infecté soit 90 000 patients touchés  (9%)
  • 4000 décès

En France:

  • 4,9% aux dernières statistiques de 2008


Au moins 50% ont évitables avec une bonne hygiène des mains.Ce serait déjà un bon début au Québec ou Canada!